Des régimes alimentaires sur mesure pour lutter contre le changement climatique et garantir la rentabilité de l’élevage.

Face à l’urgence climatique, l’élevage bovin est pointé du doigt pour ses émissions de méthane et de gaz à effet de serre. En Espagne, et plus précisément au Pays basque, des chercheurs travaillent sur une solution innovante : adapter l’alimentation des animaux pour réduire leur empreinte carbone tout en préservant la viabilité économique des exploitations agricoles. Une démarche scientifique ambitieuse qui pourrait transformer les pratiques de l’élevage à l’échelle européenne.

Une recherche pionnière au service de l’élevage durable

Selon Irekia / NEIKER, l’institut basque de recherche et développement agricole NEIKER a lancé un programme de recherche centré sur la formulation de régimes alimentaires spécifiques pour les bovins, dans le but de réduire significativement les émissions de méthane entérique, l’un des principaux gaz à effet de serre produits par le secteur de l’élevage.

Ce méthane, produit lors de la digestion des ruminants, représente une part non négligeable des émissions agricoles mondiales. À l’échelle planétaire, l’élevage est responsable d’environ 14,5 % des émissions totales de gaz à effet de serre, selon la FAO. En Europe, ce chiffre varie selon les pays, mais le secteur bovin reste l’un des plus importants contributeurs au sein de l’agriculture.

Les scientifiques de NEIKER travaillent donc à identifier des combinaisons d’aliments capables de modifier la fermentation ruminale, réduisant ainsi la production de méthane sans nuire à la santé ni à la productivité des animaux.

Les premiers résultats sont encourageants : certains régimes testés ont permis de réduire les émissions de méthane de 15 à 20 % par animal, tout en maintenant des niveaux de production de lait et de viande comparables aux régimes conventionnels.

« L’adaptation des régimes alimentaires des bovins est l’une des leviers les plus accessibles et les plus efficaces pour réduire l’empreinte carbone de l’élevage à court terme. » Équipe de recherche NEIKER, rapport interne 2025

Ces avancées s’inscrivent dans le cadre plus large de la stratégie climatique du gouvernement basque, qui vise une réduction de 40 % des émissions agricoles d’ici 2030, en cohérence avec les objectifs européens du Pacte Vert.

Rentabilité et durabilité : deux objectifs réconciliés

L’un des défis majeurs de cette approche est de convaincre les éleveurs que la transition vers des pratiques plus durables ne signifie pas nécessairement une perte de revenus. C’est précisément sur ce point que les chercheurs de NEIKER ont orienté une partie de leurs travaux.

Selon les données publiées par l’institut, les régimes alimentaires développés dans le cadre de ce programme sont conçus pour utiliser des ressources locales et saisonnières, ce qui permet de limiter les coûts d’approvisionnement. Des ingrédients tels que certaines légumineuses, des sous-produits agricoles locaux ou encore des additifs naturels comme les tanins ont été identifiés comme particulièrement efficaces pour réduire les émissions tout en étant économiquement accessibles.

Une étude pilote menée sur plusieurs exploitations du Pays basque a montré qu’en adoptant ces nouveaux régimes, les éleveurs pouvaient réduire leurs coûts alimentaires de 8 à 12 % par an, tout en bénéficiant d’une meilleure image de marque auprès des consommateurs de plus en plus sensibles aux questions environnementales.

« Nous voulons démontrer que la durabilité environnementale et la rentabilité économique ne sont pas des objectifs opposés, mais complémentaires. » Chercheur principal, programme de recherche NEIKER, 2025

Par ailleurs, selon l’Organisation mondiale de la santé animale, les pratiques d’alimentation raisonnées contribuent également à améliorer la santé globale des troupeaux, réduisant le recours aux antibiotiques et diminuant les pertes liées aux maladies métaboliques.

Dans un contexte où les aides européennes au secteur agricole sont de plus en plus conditionnées à des critères de durabilité, cette double dimension économique et environnementale constitue un argument de poids pour encourager l’adoption de ces nouvelles pratiques à plus grande échelle.

Le gouvernement basque envisage d’ailleurs de proposer des incitations financières aux exploitations qui adopteront ces régimes alimentaires certifiés, sous la forme de subventions directes ou d’allègements fiscaux, dans le cadre du prochain plan agricole régional prévu pour 2027.

Conclusion

Le programme de recherche mené par NEIKER illustre parfaitement la voie que doit emprunter l’agriculture européenne pour répondre aux défis du changement climatique sans sacrifier sa viabilité économique. En plaçant la science au service des éleveurs, et en conciliant impératifs environnementaux et réalités du terrain, cette initiative basque pourrait bien servir de modèle pour d’autres régions d’Espagne et d’Europe.

L’enjeu est considérable : transformer durablement les pratiques d’un secteur essentiel à la souveraineté alimentaire, tout en contribuant activement à la lutte contre le réchauffement climatique. Les résultats attendus dans les prochaines années seront déterminants pour l’avenir de l’élevage durable sur le continent.

Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)


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