Face à une concurrence européenne et mondiale de plus en plus intense dans le domaine de l’intelligence artificielle, l’Espagne accélère ses investissements dans les infrastructures de calcul avancé. Le pays mise sur des gigafactories numériques et des supercalculateurs pour s’imposer comme un acteur incontournable sur la scène continentale.
Une stratégie nationale ambitieuse autour des infrastructures de calcul
Selon La Vanguardia (Servimedia), l’Espagne a décidé de renforcer significativement sa capacité de calcul afin de ne pas rester en marge de la révolution de l’intelligence artificielle qui redessine les équilibres économiques en Europe.
Le gouvernement espagnol a inscrit cette ambition dans sa feuille de route technologique nationale, avec des engagements financiers concrets. Parmi les mesures phares figure le développement de gigafactories de calcul, des installations à très haute densité énergétique et computationnelle capables d’héberger des modèles d’IA de grande envergure.
Ces centres de données nouvelle génération sont conçus pour répondre à une demande croissante de puissance de traitement, notamment pour l’entraînement de grands modèles de langage et d’autres systèmes d’IA générative. L’Espagne entend ainsi attirer des investisseurs internationaux et des entreprises technologiques qui recherchent des localisations stables, connectées et compétitives en Europe.
Le pays bénéficie d’atouts géographiques non négligeables : un ensoleillement important favorable aux énergies renouvelables, des coûts fonciers encore compétitifs par rapport à d’autres pays de l’Union européenne, et une position stratégique entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique latine.
« L’Espagne dispose de toutes les conditions pour devenir un hub européen de référence en matière de calcul avancé et d’intelligence artificielle. » Déclaration issue des orientations stratégiques du gouvernement espagnol sur la transformation numérique
L’Espagne s’appuie également sur le supercalculateur MareNostrum 5, hébergé au Barcelona Supercomputing Center (BSC), l’un des plus puissants d’Europe. Avec une capacité de calcul dépassant les 314 pétaflops, il constitue une épine dorsale technologique pour la recherche académique et industrielle à l’échelle nationale et continentale.
Un positionnement européen en pleine compétition pour la souveraineté numérique
La course aux infrastructures de calcul s’inscrit dans un contexte européen particulièrement tendu. L’Union européenne cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis des géants technologiques américains et asiatiques, qui dominent aujourd’hui l’essentiel de la capacité mondiale de traitement des données.
Dans ce cadre, plusieurs États membres ont engagé des investissements massifs. L’Allemagne, la France et les Pays-Bas ont été parmi les premiers à annoncer des plans de développement de centres de données souverains. L’Espagne, en accélérant à son tour, entend ne pas laisser passer cette fenêtre d’opportunité.
Le plan espagnol prévoit notamment des partenariats public-privé pour financer et opérer ces nouvelles infrastructures. Des fonds européens issus du programme NextGenerationEU sont mobilisés pour cofinancer une partie des projets, avec des enveloppes dédiées à la transformation numérique dans le cadre du Plan de Relance, de Transformation et de Résilience espagnol.
« Investir dans le calcul avancé, c’est investir dans notre capacité à décider de notre propre avenir numérique. » Orientation stratégique issue du cadre européen de souveraineté numérique
Selon des estimations circulant dans les milieux spécialisés, le marché mondial de l’IA pourrait représenter plus de 1 800 milliards de dollars d’ici 2030. Pour l’Europe, ne pas disposer d’infrastructures de calcul suffisantes signifierait dépendre entièrement de fournisseurs étrangers pour entraîner et déployer ses propres systèmes d’IA, avec des implications majeures en matière de sécurité des données et de compétitivité économique.
L’Espagne s’est également engagée à former davantage de spécialistes en calcul haute performance et en intelligence artificielle, reconnaissant que les infrastructures seules ne suffisent pas sans les talents humains pour les exploiter. Des programmes universitaires renforcés et des initiatives de reconversion professionnelle sont en cours de déploiement dans plusieurs régions du pays.
Madrid et Barcelone s’affirment comme les deux pôles principaux de cet écosystème émergent, mais des régions comme la Galice, l’Aragon ou l’Andalousie cherchent également à attirer des datacenters grâce à des incitations fiscales et une disponibilité foncière avantageuse.
En conclusion, l’Espagne engage un virage stratégique décisif en matière de calcul avancé et d’intelligence artificielle. En combinant des investissements dans des gigafactories numériques, l’exploitation de ses supercalculateurs existants et une mobilisation des fonds européens, le pays se donne les moyens de peser dans la compétition continentale pour la souveraineté numérique. L’enjeu dépasse largement la technologie: il s’agit de la capacité de l’Espagne à façonner son propre modèle économique à l’ère de l’IA.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)