Face à des stocks de vin qui s’accumulent et une demande mondiale en repli, le gouvernement espagnol débloque près de 16 millions d’euros pour permettre aux viticulteurs de Catalogne, de La Rioja et de Valence d’adapter leur production avant l’été. Une mesure jugée insuffisante par les régions concernées.
Un mécanisme d’urgence activé pour la quatrième année de suite
Madrid, 9 mars 2026. L’agriculture espagnole traverse une période de turbulences. Alors que le pays reste l’une des premières puissances agricoles d’Europe premier producteur mondial d’huile d’olive, premier exportateur européen de fruits et légumes, premier vignoble du monde en surface selon le Ministère français de l’Agriculture, c’est précisément ce secteur viticole qui concentre aujourd’hui les inquiétudes les plus vives.
Selon Vitisphere, le ministère espagnol de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation a publié fin février une résolution activant la mesure de vendange en vert pour la campagne 2026. Ce dispositif, qui consiste à détruire une partie de la récolte avant sa maturité pour alléger la pression sur les caves, sera doté d’une enveloppe de 15,9 millions d’euros. Les demandes pourront être déposées jusqu’au 30 avril prochain, pour des vendanges effectuées avant le 15 juillet.
La démarche répond à une sollicitation conjointe de six communautés autonomes dont la Catalogne, La Rioja et Valence qui accumulent des stocks de vins difficiles à écouler dans un contexte de consommation mondiale en baisse. Selon Coface, la consommation mondiale de vin a atteint un niveau historiquement bas en 2025, à 214 millions d’hectolitres, en recul de près de 25 % par rapport au début des années 2000 en Europe.
Un budget jugé « clairement insuffisant »
Malgré le geste de Madrid, les régions productrices ne cachent pas leur frustration. Selon Vitisphere, le ministère régional de l’Agriculture de La Rioja a estimé que les besoins de cette seule région pourraient représenter jusqu’à 85 % de l’enveloppe nationale totale, ce qui illustre l’écart béant entre les fonds disponibles et l’ampleur réelle de la crise.
Cette dotation de 15,9 millions d’euros est par ailleurs inférieure aux montants mobilisés les deux années précédentes 19,2 millions en 2025 et 21,4 millions en 2024 accentuant le sentiment d’un désengagement progressif de l’État face à une situation pourtant de plus en plus grave. La Rioja a d’ores et déjà proposé d’explorer d’autres sources de financement autorisées par la réglementation en vigueur, notamment via la réallocation de fonds destinés à la promotion des vins espagnols à l’international.
Un vignoble en contraction historique
Au-delà des stocks, c’est la structure même du vignoble espagnol qui évolue. Selon wein.plus, la surface viticole espagnole est tombée pour la première fois en dessous de 900 000 hectares un seuil symbolique, alors que l’Espagne possédait historiquement le plus grand vignoble du monde. Cette contraction, engagée depuis les années 1980, traduit à la fois les arrachages volontaires et les abandons liés à la pression économique et au changement climatique.
Ce recul s’inscrit dans une crise partagée à l’échelle européenne. Selon Coface, la France, l’Espagne et l’Italie représentent à elles seules 60 % de la production mondiale de vin trois pays dont les filières sont toutes confrontées au même déséquilibre entre une offre structurellement abondante et une demande qui s’érode, notamment chez les jeunes générations.
L’eau, défi structurel de l’agriculture espagnole
La filière viticole n’est pas seule à faire face à des défis existentiels. Plus largement, c’est l’ensemble du modèle agricole espagnol qui doit se réinventer face à la raréfaction de l’eau. Selon le Groupe Caisse des Dépôts, l’agriculture espagnole absorbe près des trois quarts de l’eau douce consommée dans le pays, dans un contexte de sécheresses de plus en plus fréquentes et intenses qui fragilisent les zones d’irrigation du sud-est, notamment la région de Murcie — véritable poumon maraîcher de l’Europe.
Si l’Espagne compte aujourd’hui 700 usines de dessalement quatrième parc mondial la solution reste coûteuse et énergivore, et ne constitue qu’un complément partiel à une ressource souterraine sous pression croissante.
Un secteur qui reste un pilier de l’économie nationale
Malgré ces tensions, l’agriculture reste une force structurante de l’économie espagnole. Selon le Ministère français de l’Agriculture, le pays se classe troisième producteur biologique mondial en surface, derrière l’Australie et l’Argentine, et détient le premier cheptel porcin européen. L’agroalimentaire constitue le premier secteur industriel du pays, générant des revenus à l’export qui font de l’Espagne le premier fournisseur agricole de la France. Un socle économique que les crises sectorielles actuelles mettent à l’épreuve, sans pour autant remettre en cause sa place centrale dans le tissu productif ibérique.
Source: LCE ( avec l’aide de l’IA )
